Statue originale, Musée de Normandie

Monsieur Béquignon sur les découvertes gallo-romaines faites de façon la fortuite côte à Saint-Aubin-sur-Mer, avril 1943.

« Au cours des travaux de terrassement effectués sur la côte par les troupes d’occupation, des tombeaux furent mis à jour dans la région dite du camp romain à Saint-Aubin à 22 m environ au nord de la rue de Verdun. J’ai pu me rendre sur les lieux et entrer en rapport avec l’Obergefreit Eugen Eble, Hauptlehrer (instituteur) près de Lorrach (Bade), qui avait pris soin de surveiller les trouvailles presque dès le début et qui m’a tenu au courant des recherches ultérieures.

Une dizaine de tombes ont été exhumées, de septembre à la fin d’octobre. Elles se répartissent en deux groupes. Dans le premier, les tombes sont en général, situées à une profondeur de 0m85 : elles consistent en plaques dressées de manière à former une sorte de sarcophage protecteur plutôt qu’une vraie cuve. La longueur des dalles, souvent brisées, car la pierre est gélive, varie entre 2m20 et 1 m 80 ; l’épaisseur est de 0m15 à 0m20. Les tombeaux ainsi constitués ne renfermaient que des squelettes d’hommes, sans objet funéraire. En l’un d’entre eux pourtant, on a trouvé, près des pieds, des fragments de calcaire ; près de la tête, des éclats de silex ; à 0,55 m à droite du corps au sud des fragments de céramique ; auprès des genoux des éclats de silex et des fragments de céramique. Le squelette, en parfait état, fut extrait de la fosse avec beaucoup de précautions et il sera transporté au musée de la mairie de Luc-sur-Mer.

L’orientation des tombes est variable. Tandis que le premier groupe est orienté ouest-est (la tête à l’Ouest), le second groupe à 100 m du premier est orienté Nord-sud. Tout près d’une tombe, Monsieur Eble découvrir une monnaie de Constantin, avec l’indication de l’atelier monétaire PLN de Londre qui fonctionna de 305 à 326. Les tombeaux ne sont pas antérieurs au début du IVe siècle.

À l’issue de la dernière séance, le vendredi 2 juillet, les Membres de la Société ont pu admirer la statue qui arrivait de Saint-Aubin, ramenée par les soins du conservateur du musée, le Dr Gosselin.

La statue, en calcaire du pays, mesure actuellement 1m40 de haut. Elle était certainement plus haute, dans son état primitif. En effet, elle a souffert non seulement des injures du temps mais de la fureur des hommes. Elle a été découverte, le 5 avril dernier, dans un puits romain, situé un peu à l’ouest du lieu-dit le Castel à Saint-Aubin-sur-Mer, que mirent au jour d’une manière fortuite des travaux de terrassement effectués par l’armée d’occupation. A une profondeur d’environ 2m40, en ce puits fort bien conservé, apparurent d’abord des fragments de la partie inférieure, puis de la tête de la statue : c’est dire que la tête avait d’abord été précipitée et qu’elle fut suivie des restes de la statue.

En effet, le bris était antérieur à la précipitation, car les dimensions même de la statue auraient empêché qu’elle fut jetée intacte. Ces circonstances, qu’il n’est pas téméraire de reconstituer, expliquent qu’il manque certains éléments, que, malgré le soin des fouilleurs, l’on n’a pu retrouver ni dans le puits, exploré jusqu’à une profondeur de huit mètres, et dont le contenu fut tamisé, ni aux alentours.

La statue, donc, se compose actuellement de six morceaux : la tête, détachée du tronc, est brisée en deux ; le buste est intact sauf des éraflures anciennes, la partie inférieure est brisée en deux dans le sens de la verticale, et à la partie inférieure un éclat est détaché. Toutes ces pièces, qui se rajustent fort bien, ont été rassemblées au musée par les soins éclairés du Dr Gosselin. Mais la tête, seule, reste mutilée : en dépit des apparences, il semble bien qu’il manque, outre le menton, une partie du cou, et cette lacune donne à la déesse un aspect contrefait, car la tête parait trop enfoncée entre les deux épaules. Par ailleurs, les deux bras sont partiellement brisés, ainsi que les têtes des deux enfants debout à droite et à gauche de la déesse ;

L’identification ne laisse aucun doute : nous avons affaire à une déesse-mère : cette femme est assise sur un siège, évidé, et dont les parties latérales étaient masquées, car elles sont tout juste épannelées de même que la partie postérieure. A sa droite et à sa gauche, deux enfants, qui s’accrochent à un pan du vêtement, viennent confirmer cette interprétation.

Qu’il s’agisse d’une déesse, le fait est rendu certain par la présence du torques, de grandes dimensions, porté par cette femme et qui était, comme on sait, un attribut des divinités gauloises. On remarquera son caractère particulier : il n’est pas constitué par une simple torsade, mais par plusieurs chainettes reliées entre elles par un fermoir central, dont la décoration est très endommagée et sur les côtés par de petits tampons. Mais la déesse porte aussi un diadème très travaillé, qui enserre une sorte de coiffe posée sur le sommet de la tête et qui est décorée à sa partie antérieure d’une rosace et sur les côtés, d’oves et de fleurs stylisées. Les cheveux s’échappent de cette coiffe en longs bandeaux bien peignés et disparaissent de nouveau sous une sorte de bourrelet très épais où j’avais cru reconnaitre à tort un peigne, mais s’agit-il d’un gros ruban pour nouer le chignon ? Il est sûr qu’ensuite deux mèches retombent de part et d’autre sur les épaules et par devant. Il est difficile d’apprécier l’aspect du visage, il est assez usé. Pourtant les yeux, comme atteints d’exophtalmie, sont très visibles et la pupille est indiquée par un trou au foret.

Cette déesse est assise sur un siège dont le dossier, légèrement incurvé, est bien indiqué. Elle est vêtue d’une péplos nouée sur les épaules qui sont découvertes et qui forme trois plis en éventail (deux sont visibles sur le côté droit de la statue, et il est permis d’en supposer un troisième symétrique, sous le sein gauche). Cette péplos était retenue par une ceinture, dont seule l’extrémité, divisée en deux, tombant verticalement, apparait.

Dans la partie inférieure, on notera les plis qui forment un grand éventail, allant d’un genou à l’autre, et qui, au-dessus des pieds ont un caractère plus conventionnel ; les traits rapprochés des plis figurent soit des plis mal esquissés soit un vêtement épias. Le bras droit, brisé un peu en dessous du coude, devait tenir une patère dont les restes sont encore visibles. Pour le bras gauche, brisé à hauteur du coude, il devait soutenir une corne d’abondance. Mais restent les deux grands plus, qui tombent de l’épaule gauche et viennent se répartir symétriquement à gauche et à droite : il s’agirait de deux voiles partant de la corne d’abondance. On notera qu’ils ne sont pas sans rapport avec la main des deux enfants placés à gauche et à droite. Enfin, la déesse est chaussée de sandales très effilées, retenues en leur milieu par une lanière de cuir.

A gauche et à droite deux enfants, dont les têtes ont malheureusement été brisées. Celui de gauche (en regardant la statue, donc placé à la droite de la déesse) est pieds nus ; c’est une fillette, comme le montre sa chevelure qui retombe en cinq boucles sur le dos ; de plus, elle est vêtue d’une péplos serrée à la ceinture ; enfin elle tend vers la déesse un objet rond qui doit être une patère de petites dimensions ; l’enfant de droite est un garçon : il s’accroche, lui, à l’un des pans du voile évoqué précédemment.

Telle est, rapidement décrite, la statue de Saint-Aubin. Elle est intéressante par les détails du costume et aussi pour d’autres raisons. D’abord sa taille. C’est une des plus grandes que nous possédions. Son type : il est rare de rencontrer une déesse avec deux enfants ainsi placés symétriquement. De plus, malgré les injures subies par le calcaire, elle est assez bien conservée et l’ensemble témoigne d’un travail sinon très heureux, du moins très poussé. Enfin, le lieu de la trouvaille n’est pas sans intérêt : ce n’est pas la première fois qu’apparaissent à saint aubin des restes gallo-romains mais on voudra bien observer que cette déesse a été découverte dans un édifice qui, par son plan, est certainement une villa gallo-romaine ; il devait donc posséder un sacellum, où cette déesse était offerte à l’adoration des habitants. Mais le Castel n’est pas très éloigné de Douvres ; auprès de Douvres doit être cherchée la Délivrande, où la Vierge était honorée en cet endroit depuis de longs siècles et qui suppose que le culte de la Vierge s’est substitué à celui de quelque divinité topique.

Enfin une dernière question : la date. A en juger d’après le travail nous sommes en présence d’une œuvre due à un artiste local, mais qui avait des souvenirs érudits et qui a fait de son mieux : il n’a pas su donner à cette femme des proportions flatteuses : à regarder la statue de profil, on s’apercevra qu’elle est plate et rappelle les types classiques primitifs de la Grèce. Mais cet archaïsme est plus maladroit que réel ; d’après les plis, notamment, il est vraisemblable de dater la statue du IIe ou même du début du IIIe siècle de notre ère. Cette chronologie est confirmée par les tessons de céramique et en particulier, par un fragment de la fabrique de Lezoux. Il est également précisé que les fouilles n’ont pas révélé trace d’incendie ».


(tiré du Magazine du Calvados sur la falaise du Cap Romain et son association)

(Source AD14, dommages de guerre Thiberge)

Eugen Eblé raconte  (www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1948_num_6_2_2096) :

« En 1835, on aurait dégagé, courant du nord au sud, au Vieux Castel, un mur, de plus d’un mètre d’épaisseur; long d’une dizaine de mètres, auquel s’en rattachaient d’autres de moindre importance dont l’ensemble figurait de petites cellules dont la destination n’a pas été précisée ». Divers « ouvrages militaires » destinés à la défense de la côte ou de l’entrée du petit port de Saint-Aubin auraient aussi existé et’ l’on voyait encore en 1894 les ruines d’une chapelle où l’on trouvait des cercueils et des squelettes ». Plusieurs puits au pied de la falaise ou à quelque distance en mer étaient connus des pêcheurs, ainsi que des « aqueducs » repérés en 1923 vers Bernières à l’occasion d’une marée exceptionnelle. Un peu partout, on signalait des tombes, sarcophages de pierres ou fosses dallées en pierres plates, des tuiles romaines, des monnaies et jusqu’aux fragments d’une ou deux statues disparues aujourd’hui, des tessons de sigillata, des cuillers, des bracelets de bronze.

En résumé, il était évident qu’un habitat gallo-romain, succédant peut-être à une occupation plus ancienne, s’était installé sur le promontoire de Saint-Aubin. Mais le site, couvert dès le XIXe siècle de villas et d’hôtels, n’avait jamais été l’objet de fouilles systématiques.

Les fouilles de 1942-1944

Arrivé à Saint-Aubin en mars 1942, je trouvai le terrain traversé par des tranchées. Trois blockhaus étaient déjà construits dont un au Cap Romain même. Des fosses avaient été creusées, notamment pour l’implantation d’un phare, sans qu’on se fût avisé que les murs antiques ou les tombeaux coupés par les travaux de défense pussent présenter un intérêt quelconque. Ce furent des fragments de sigillata qui attirèrent d’abord mon attention, mais pendant trois mois je ne pus faire autre chose que de collectionner les trouvailles faites au hasard.

A partir de mai 1942, je mis en place un système d’arpentage et je m’attachai à relever les divers restes antiques qui apparaissaient au fond des tranchées ou des fosses d’abris bétonnés. Naturellement, c’étaient seulement les nécessités militaires qui dictaient le plan des travaux et ce n’est qu’exceptionnellement et au prix de grandes difficultés que je pus sur certains points pratiquer de vrais sondages archéologiques.

Les conditions dans lesquelles furent faites les fouilles, l’impossibilité où je me suis trouvé d’effectuer depuis lors aucune vérification sur place donneront forcément à ce rapport un caractère fragmentaire et provisoire. Bien que l’on ait trouvé assez souvent des outils ou des pointes de flèches en silex taillé crûment, des coquillages (moules et huîtres), des défenses de sanglier et même un andouiller de cerf travaillé, toute étude stratigraphique fut pratiquement impossible dans les plus anciens niveaux de civilisation : le sol avait été si remué pour les travaux des champs et les tranchées des fondations postérieures que, la plupart du temps, les objets préhistoriques apparaissaient hors de tout contexte datable. J’ai seulement noté l’absence, assez singulière sur l’ensemble du territoire fouillé en 1942-44, de hachettes de pierre et de mobilier de l’âge du Bronze. Il n’est pas impossible qu’on en trouve un jour dans quelque dépôt votif, où les auraient groupés la piété ou la superstition des Gallo-Romains.

C’est vers l’époque gallo-romaine surtout, si riche en vestiges de toutes sortes à Saint-Aubin, que s’est portée mon attention. Le début en est marqué par une pièce d’argent de Jules César trouvée : c’est le plus ancien document daté de la région. On se rappelle les expéditions de P. Crassus et Q. Tiburius Sabinus dans les provinces de l’Ouest en 57-56 av. J.-C. 3 et l’on imagine que les Romains aient pu s’intéresser assez vite à la côte de Basse-Normandie, où Saint-Aubin est fort bien placé pour surveiller, les embouchures de l’Orne de la Dives et de la Seulles, au centre de la vaste baie qui va de l’île la Seine au Cotentin. Toutefois aucun ouvrage militaire antique n’a été identifié et, jusqu’à plus ample informé, l’appellation de Camp Romain donnée au site demeure tout à fait gratuite.

Nos fouilles ont seulement permis de reconnaître, sous un cimetière de l’époque franque, un fanum gaulois du début du Ier siècle.

J’ai eu dans ces recherches l’appui et les conseils du Prof. Môbius, de l’Université de Wûrzburg et du Major Dr Waldrai, ainsi que du Directeur français de la circonscription archéologique, le Prof. Y. Béquignon. La présente publication n’a ensuite été possible que grâce à l’intérêt que le gouvernement militaire de Rade, le Kreisschuïrat Kuhn de Loerrach, et le Badisches Ministerium des Kultus und Unterrichts ont bien voulu prendre à la poursuite de mes études, au cours desquelles j’ai bénéficié des précieux conseils des Professeurs R. Lantier (Saint-Germain) et Schleiermacher (Francfort), ainsi que de M. Sauvage, archiviste en chef à Caen. Qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de ma bien vive gratitude. Je n’aurais garde non plus d’oublier mes compagnons français de fouilles, MM. Perrette, Plumet, Marcheron et Jamet qui firent preuve du plus grand zèle quand il s’agissait de travail archéologique et Mme Lebarbé, de Saint-Aubin, qui assura la protection de la plupart des trouvailles et m’a grandement facilité leur étude.

Le fanum gaulois était-il isolé ? Appartenait-il à un ensemble de lieux de culte comme il s’en est déjà rencontré en Normandie où les petits temples sont parfois très rapprochés les uns des autres ? Est-il en relations avec un habitat, quelque hameau de pêcheurs ou quelque station de soldats ? Nous serions bien en peine de le dire et nous pouvons seulement rappeler les trouvailles de fragments de statues à Bernières et à Tailleville, tout à côté de Saint-Aubin et la découverte, hors du Camp Romain de Saint-Aubin, au sud de la rue de Verdun, de fosses et de murs antiques qui n’ont pu être convenablement étudiés.

En tous cas, les constructions dégagées au voisinage du sanctuaire ou sur son emplacement appartiennent à une période bien postérieure et ne sauraient à notre sens remonter plus haut que la fin du IIIe siècle. Elles forment une villa rustica avec deux tours reliées par une galerie et une grande salle en arrière, j’y ai distingué plusieurs états de construction.

Amorces de constructions

Les temples successifs, la villa et le balnéaire, s’ils constituent l’essentiel de nos découvertes, ne sont pas les seules constructions que nous ayons pu relever sur l’emplacement du Camp Romain. Diverses amorces de chemin, notamment à l’est et au sud semblaient d’ailleurs souligner les liaisons de la villa avec un ensemble plus vaste dont nous n’avons qu’une idée très grossière.

De grands bâtiments ont été identifiés vers l’ouest : leurs fondations ressemblent à celles de la villa , mais leur élévation devait contenir de très importantes quantités de bois, car les tranchées ont révélé des couches épaisses de charbons de bois. Plus au nord, d’autres ruines ont dû s’effondrer dans la mer qui ronge sans cesse la falaise : c’est là que passait jadis l’ancien « Grand chemin du Roi », dont la plus grande partie a été arrachée aujourd’hui. Diverses fondations sont encore visibles aujourd’hui à marée basse. J’ai pu en particulier vider à environ 12 m. 70 en mer le puits. C’est un cylindre creusé dans le rocher, avec un rebord de 0 m. 20 à la base (pour supporter un grillage?) et un fond conique dans lequel une fente laissait autrefois sourdre l’eau. De nombreux fragments de tuiles y furent recueillis. Signalons aussi près de l’hôtel, un puisard utilisant la panse d’une large amphore romaine qui a été transportée à l’école de Saint-Aubin.

Le cimetière franc

Quand l’habitat eut été détruit (Ve siècle ?), sans doute par le feu, si l’on en juge par les couches de charbons de bois et de cendres qui furent trouvées en divers endroits, le site ne fut pas abandonné pour autant. II. servit en tous cas à de nombreux enterrements. Rappelons les découvertes de sarcophages faites à diverses reprises sur le Camp Romain et spécialement à la coupure de la falaise. Pour notre part, nous avons fouillé 41 tombeaux. Le cimetière occupe une surface d’environ 25 ares. Les tombes sont orientées est-ouest et disposées en 12 ou 13 rangées sans distinction entre les sépultures d’hommes, de femmes ou d’enfants. Nous avons reconnu 12 tombes d’enfants et 21 d’adultes ; les autres cas sont indéterminés. Les sépultures se rencontraient à des profondeurs très variables constituant ainsi deux grandes séries, l’une d’une dizaine de tombes en surface, l’autre de deux douzaines en couche plus profonde. Les cercueils sont formés de pierres plates généralement brutes, calées avec des tessons, des coquilles, du silex ou des fragments de tuiles romaines. Le fond des tombeaux est dallé : on utilise le sommet d’une fondation antique, quelque pavage cimenté, ou même la simple glaise rouge bien nivelée. Les couvercles étaient formés de pierres plates qui furent retrouvées rarement in situ. Les squelettes, souvent bien conservés, étaient couchés sur le dos et allongés, tête vers l’ouest, les bras le plus souvent allongés sans que les mains fussent jamais croisées. Quelques tombeaux contenaient beaucoup de charbons de bois (cercueil ?). Aucun mobilier funéraire n’a été trouvé. Les comparaisons, déjà indiquées par. M. Doranlo, avec les cimetières de Saint-Ursin, à Courseulles-sur-Mer, Colombiers-sur-Seulles, etc., prouvent qu’il s’agit de tombes mérovingiennes assez récentes.

Fig. 18. — Tombe n° 13

Conclusions historiques

Si limités qu’aient donc été nos sondages, en raison même des circonstances, ils nous ont cependant fait connaître avec quelque précision historique un habitat principalement gallo-romain assez intéressant. Il resterait à identifier ce qu’aucune découverte épigraphique n’est malheureusement venu faire. On sait que depuis longtemps les érudits songent à placer là la ville de Grannona, située au Litus Saxonicum par la Notifia Dignitatum. Un fragment d’inscription trouvé à Bernières en 1940 confirmerait peut-être cette hypothèse, car on y lit : OPT -Got RMOR-GR V.V-LI-ATL

Mais cette mention d’un optio de la cohorte armoricaine de GR (annona), décédé à l’âge de 51 ans, n’offre aucune garantie d’authenticité et il convient d’attendre les progrès des recherches archéologiques sur le site. L’inscription nous a été communiquée par M. Doranlo. Cette pierre lui aurait été montrée par le propriétaire de la villa « Grannona », à Bernières, en 1940. On voit qu’il faut se méfier, ainsi que le souligne M. Doranlo ».

En effet, Eugen Eblé, amateur d’archéologie, a mis en place un système d’arpentage dans le but de relever les vestiges apparaissant dans les tranchées ou des fosses d’abris bétonnés. Les observations n’étaient possibles que dans le cadre des travaux militaires et ce ne fut qu’exceptionnellement et difficilement qu’il pu réaliser de vrais sondages archéologiques. Il fut aidé du côté allemand par M. Möbius, professeur à l’Université de Würzburg, chargé de mission archéologique auprès de l’armée allemande et du côté français par Yves Béquignon, directeur de la 4e circonscription archéologique, dont vous venez de lire le texte précédemment. En 1948, Eugen Eblé publie les résultats de ces fouilles dans la revue Gallia. En 1949 et 1950, les fouilles reprises par la circonscription sous la direction de Henri Van Effenterre confirment les travaux de M. Eblé sur le fanum. En 1959, à l’occasion de travaux privés, de nouvelles sépultures mérovingiennes sont découvertes à l’ouest de la nécropole mise en évidence par Eblé. Une fouille est entreprise en 1960 Ce dernier a fait don de sa collection impressionnante à la commune et désormais visible à la Maison des curiosités dans l’ancienne mairie.


La Déesse-mère a quitté Saint-Aubin pour le calme feutré du Musée de Normandie mais grâce à l’entêtement d’un de nos concitoyens, Yvon Scelles, une copie fut réalisée avec précision et qualité par les Ateliers du Louvre. Incontestable richesse historique, elle a permis d’initier de nombreux projets pédagogiques car c’est aussi un témoignage important de l’habitat à la fin du 1er siècle début du IIe siècle sur notre littoral.

N’oublions pas également qu’à cet endroit précis des fouilles, le 6 juin 1944 et les jours qui suivirent, six allemands furent enterrés provisoirement ici, avant d’être exhumés en 1951 pour le cimetière de Ryes (archives municipales).

Et pour finir sur une note d’humour, comme sait si bien le dessiner notre concitoyen Emmanuel Chaunu

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Catégories : Histoire

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