la Gui-gui de Saint-Aubin-sur-Mer, son histoire

Après la Première Guerre mondiale, la jeune Aurélie Vincent découvre la confiserie auprès de sa tante Madame Gillard, à Saint-Aubin. C’est là qu’elle apprend à préparer la guimauve et à l’enrouler autour d’un petit bâtonnet : sa première rencontre avec la future gui-gui.

En 1920, Aurélie épouse Émile Drouin, ajusteur aux Chemins de Fer. Le couple s’installe à Bernières et ouvre, en 1926, une petite confiserie estivale à l’entrée de la plage. Aurélie y propose gaufres, sucettes, berlingots, guimauves — bientôt surnommées gui-gui — ainsi que le fameux suçon, bâton de sucre d’orge en spirale. L’idée d’entourer la guimauve autour du suçon fait naître une friandise inédite qui remporte un vif succès. La recette, simple mais unique grâce au tour de main d’Aurélie, mêle sucre, maïs, jus de fruits et lait.

La passion d’Aurélie se diffuse rapidement. Ses sœurs, Thérèse et Germaine, ouvrent elles aussi des confiseries à Lion-sur-Mer et Langrune. Sa tante transmet sa boutique de Saint-Aubin à Madame Kerkoff.

En 1921, Aurélie et Émile accueillent leur fils Maurice, qui grandit au milieu des parfums de menthe, d’anis, de citron et de banane. Mais la guerre interrompt ce bonheur : en 1943, les Allemands détruisent la confiserie de Bernières.

Dès 1945, Aurélie et Émile reprennent courageusement leur activité dans une simple cabine de plage, qui devient un lieu incontournable pour les familles jusqu’à la reconstruction d’un vrai bâtiment en 1960.

Cette année-là, le commerce est vendu à la famille Sicot, mais la gui-gui continue à faire le bonheur des vacanciers.

Maurice et son épouse Henriette, de leur côté, reprennent l’affaire de Saint-Aubin dès 1947. A Saint-Aubin, ils achètent le 17 avril 1948 la villa La Pagode sur la digue Léon Favreau qui a subi les bombardements du 6 juin 1944 et qui appartenait à André Adam et Madeleine Pouchin.

Ces derniers l’avaient acheté le 28 novembre 1939, et y faisaient des jeux de billards japonais (l’établissement sera complètement arasé), en plus de leur habitation.

Maurice perfectionne la recette et dépose même la marque Gui-gui dans les années 1950, symbole de sa renommée. Le couple cesse son activité dans les années 1990, mais transmet en 2000 le précieux secret à Christophe Petit, assurant la continuité de cette tradition gourmande.

Et à Saint-Aubin ?

Tout commence en 1898, lorsque Madame Gillard installe un baraquement à Saint-Aubin-sur-Mer, à l’emplacement de l’actuel office de tourisme. Elle y vend ses célèbres suçons, des bâtons de sucre cuit dur. Sa recette est ensuite transmise à ses trois nièces, qui perpétuent la tradition familiale.

En 1926, l’une d’elles ouvre avec son mari une confiserie à Bernières-sur-Mer, bientôt rejointe par leur fils Maurice Drouin. En 1947, ce dernier prend une part active dans l’affaire familiale. Passionné et persévérant, il consacre deux années de recherche à améliorer la guimauve, parvenant à stabiliser la pâte molle pour qu’elle ne durcisse plus et bénéficie d’une conservation optimale.

Maurice Drouin décide alors d’abandonner les sucettes et berlingots pour se consacrer uniquement à une friandise unique : une guimauve tendre enroulée autour d’un bâtonnet, qu’il baptise gui-gui. Il dépose le nom à l’Institut National de la Propriété Industrielle et perfectionne sans cesse sa recette et ses arômes. Installé sur la digue de Saint-Aubin, à la place de l’ancien commerce La Bouteille à la Mer, il fabrique pendant 45 ans la véritable gui-gui, devenue une institution sur la côte.

Lorsque le couple Drouin part à la retraite en 1980, la friandise manque de disparaître. Mais en 1999, Maurice choisit de transmettre son savoir-faire à Christophe Petit. Ensemble, ils passent six mois en laboratoire pour retrouver les gestes précis et les saveurs naturelles de la recette originale. Maurice lui confie même ses carnets de notes, où il consignait scrupuleusement temps de cuisson et dosages.

Aujourd’hui dépositaire officiel du nom et de la recette authentique, Christophe Petit perpétue l’héritage avec rigueur.

La vraie gui-gui exige deux jours de fabrication : glucose et sucre chauffés, pâte parfumée aux fruits, tirage sur crochet pour l’aérer, cuisson minutieuse du lait. Tout repose sur la précision des gestes et la qualité des ingrédients. Les parfums traditionnels s’enrichissent parfois de créations plus rares comme le café, la noix de coco, la menthe ou le chocolat.

Grâce à ce savoir-faire jalousement préservé, la gui-gui continue de ravir les gourmands et reste inimitable face aux imitations. De Saint-Aubin à Bernières, de Lion à Langrune, des générations d’enfants et de familles se sont régalées de cette confiserie unique, au parfum d’histoire et de plage : la Gui-gui.

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Catégories : Histoire

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